La fusion avec la Malaisie (1963-1965)

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Du 16 septembre 1963 au 9 août 1965, Singapour a été l'un des quatorze États de la Fédération de Malaisie, aux côtés des États de la péninsule, du Sabah et du Sarawak. La fusion devait offrir un marché commun et la sécurité à une île sans ressources ; elle s'est brisée en moins de deux ans sur la rivalité entre le PAP de Lee Kuan Yew et l'UMNO de Tunku Abdul Rahman, sur la question des droits des Malais et sur fond d'émeutes raciales et de Konfrontasi indonésienne.

Sur cette page
  1. Pourquoi la fusion ?
  2. Les termes de l'accord
  3. Des tensions dès le départ
  4. La Konfrontasi indonésienne
  5. L'échec et la séparation
  6. Un héritage durable
  7. Questions fréquentes
  8. Carte

Pourquoi la fusion ?

Pour Lee Kuan Yew et la plupart des dirigeants de l'époque, une Singapour seule n'était pas viable. L'île dépendait de la péninsule pour son eau, son commerce d'entrepôt et ses débouchés ; la croissance démographique imposait de créer des emplois industriels, ce qui supposait un marché intérieur plus large. La fusion devait aussi mettre fin à la tutelle britannique sans passer par une indépendance jugée impossible.

Côté malais, le Premier ministre Tunku Abdul Rahman s'était longtemps méfié d'une ville à majorité chinoise, susceptible de bouleverser l'équilibre démographique et politique de la Fédération de Malaya, indépendante depuis 1957. Il change d'avis en 1961, craignant qu'une Singapour gouvernée par la gauche du PAP ne devienne une « Cuba » communiste à ses portes. L'inclusion des territoires de Bornéo (Sabah, Sarawak et, initialement, Brunei, qui renoncera) devait compenser le poids des Chinois de Singapour.

La fusion a été approuvée lors du référendum du 1er septembre 1962, puis préparée par l'arrestation de l'opposition de gauche lors de l'opération Coldstore, en février 1963 (voir l'après-guerre et l'autonomie).

Les termes de l'accord

Singapour obtient un statut particulier : elle conserve ses compétences en matière d'éducation et de travail, mais n'élit que 15 députés fédéraux, moins que ne l'aurait justifié sa population. Les citoyens singapouriens deviennent citoyens malaisiens sans pouvoir voter hors de Singapour. Un accord financier prévoit qu'une part importante des recettes fiscales de Singapour revienne au gouvernement fédéral, en échange d'un marché commun progressif.

La date prévue du 31 août 1963 est repoussée à cause d'une mission des Nations unies chargée de sonder l'opinion au Sabah et au Sarawak. Lee Kuan Yew en profite pour proclamer unilatéralement, le 31 août, l'« indépendance » de Singapour, un geste symbolique qui irrite Kuala Lumpur. Le 16 septembre, la Malaisie naît ; cinq jours plus tard, le PAP remporte les élections singapouriennes avec 37 des 51 sièges.

Des tensions dès le départ

Économie et finances

Le marché commun promis n'avance guère, tandis que Kuala Lumpur réclame une contribution accrue de Singapour et conteste l'attribution de licences industrielles. Chaque budget devient l'occasion d'un bras de fer entre Goh Keng Swee, ministre singapourien des Finances, et son homologue fédéral Tan Siew Sin.

Politique et identité

Le conflit de fond porte sur la nature du pays. La Constitution fédérale reconnaît une position spéciale aux Malais (article 153) ; l'UMNO domine une coalition fondée sur des partis ethniques. Le PAP, de son côté, défend une « Malaysian Malaysia » : une nation où la citoyenneté prime sur l'appartenance ethnique. En avril 1964, contre un engagement tacite, le PAP présente des candidats aux élections fédérales dans la péninsule ; il n'obtient qu'un siège, mais l'UMNO y voit une tentative de remplacer son allié chinois, la MCA. En mai 1965, Lee Kuan Yew réunit plusieurs partis d'opposition dans la Malaysian Solidarity Convention.

Des responsables de l'UMNO et la presse malaise accusent alors le PAP de menacer les droits des Malais ; la campagne attise les tensions communautaires à Singapour, où éclatent les émeutes raciales de juillet et septembre 1964.

La Konfrontasi indonésienne

Le président indonésien Sukarno voit dans la Malaisie un projet néocolonial britannique. De 1963 à 1966, l'Indonésie mène une « confrontation » (Konfrontasi) : incursions armées à Bornéo et dans la péninsule, sabotages et attentats à Singapour. Le plus meurtrier frappe MacDonald House, sur Orchard Road, le 10 mars 1965 : une bombe placée par deux marines indonésiens tue trois personnes et en blesse plus d'une trentaine. Les deux auteurs, Usman Haji Mohamed Ali et Harun Said, seront pendus à Singapour en 1968, ce qui provoquera une crise diplomatique avec Jakarta. La Konfrontasi prend fin en 1966, après la chute de Sukarno.

L'échec et la séparation

Au printemps 1965, la tension atteint son paroxysme. Des voix au sein de l'UMNO réclament l'arrestation de Lee Kuan Yew. Hospitalisé à Londres en juin, le Tunku conclut que la seule alternative à la violence est l'expulsion de Singapour. Des négociations secrètes entre Goh Keng Swee et le vice-Premier ministre malaisien Abdul Razak aboutissent à un accord de séparation, signé le 7 août 1965. Le 9 août, le Parlement malaisien vote l'amendement constitutionnel par 126 voix contre 0, en l'absence des députés singapouriens, et Singapour devient indépendante le même jour. La suite est racontée dans notre page sur l'indépendance de 1965.

Un héritage durable

Les deux pays ont conservé des liens étroits mais parfois difficiles : l'eau, régie par les accords de 1961 et 1962 dont le second court jusqu'en 2061 (voir l'eau à Singapour), les terrains ferroviaires, l'espace aérien ou les frontières maritimes ont longtemps fait l'objet de négociations. Aujourd'hui, des centaines de milliers de personnes franchissent chaque jour la frontière de Johor, et la liaison ferroviaire RTS Link entre Woodlands et Johor Bahru doit fluidifier ces échanges (voir le train vers la Malaisie).

Questions fréquentes

Singapour a-t-elle fait partie de la Malaisie ?

Oui, du 16 septembre 1963 au 9 août 1965, comme État membre de la Fédération de Malaisie.

Singapour a-t-elle été expulsée ou a-t-elle quitté la Malaisie ?

La décision a été prise par le gouvernement malaisien de Tunku Abdul Rahman, mais l'accord de séparation a été négocié et signé par les deux gouvernements. Lee Kuan Yew l'a présentée comme une séparation subie.

Qu'est-ce que la Konfrontasi ?

La confrontation politique et militaire menée par l'Indonésie de Sukarno contre la création de la Malaisie, de 1963 à 1966, avec des attentats à Singapour, dont celui de MacDonald House en mars 1965.

Carte

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