Les Peranakan, culture métisse des détroits
Les Peranakan sont les descendants de marchands étrangers, surtout chinois, établis depuis des siècles dans le monde malais et mariés à des femmes locales. À Singapour, le terme désigne avant tout les Baba-Nyonya, ou Chinois des détroits, dont la culture mêle traditions chinoises, malaises et européennes : sarong kebaya brodé, porcelaine aux couleurs vives, cuisine nyonya et langue baba malay.
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D'où viennent les Peranakan
Les premiers Peranakan chinois apparaissent à Malacca, port de commerce majeur, dès le XVe ou le XVIe siècle. Des commerçants hokkien s'y installent et épousent des femmes locales, malaises ou balinaises. Leurs descendants gardent les cultes et les noms chinois, mais adoptent la langue, le costume et la cuisine malais. Après la fondation de Singapour en 1819, beaucoup s'installent dans la nouvelle colonie britannique, ainsi qu'à Penang.
Sous l'administration britannique, les « Straits Chinese » forment une élite anglophone : commerçants, avocats, médecins, fonctionnaires. Ils créent la Straits Chinese British Association en 1900, parlent anglais et se distinguent des « sinkeh », les immigrés chinois arrivés plus récemment. Des figures comme Tan Tock Seng (philanthrope, fondateur d'un hôpital en 1844), Song Ong Siang ou Lim Boon Keng en sont issues.
Au XXe siècle, l'assimilation dans la communauté chinoise, l'anglais et la politique du mandarin font reculer l'identité peranakan. Les Peranakan ne sont d'ailleurs pas une catégorie ethnique officielle : ils sont recensés comme « Chinois ». Leur culture connaît néanmoins un regain d'intérêt depuis les années 2000, porté par les musées, les associations et le feuilleton télévisé The Little Nyonya (2008), immense succès de Mediacorp.
Le costume : sarong kebaya et perles
Le vêtement emblématique des Nyonya est le sarong kebaya : une blouse ajourée, cintrée, en voile de coton brodé à la machine de motifs floraux, d'oiseaux ou de papillons, portée sur un sarong de batik, souvent venu de la côte nord de Java (Pekalongan). La kebaya se ferme non par des boutons mais par des kerongsang, trois broches reliées par une chaîne, en or, en argent ou serties de diamants.
Les kasut manek, pantoufles brodées de minuscules perles de verre de Bohême, demandaient des mois de travail ; savoir les broder faisait partie de l'éducation d'une jeune fille. Le kebaya, partagé avec d'autres cultures de la région, a été inscrit en décembre 2024 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, au terme d'un dossier commun de Brunei, de l'Indonésie, de la Malaisie, de Singapour et de la Thaïlande. Voir notre page sur le patrimoine UNESCO de Singapour.
Les hommes Baba, eux, ont adopté très tôt le costume occidental, tout en portant la tenue chinoise pour les cérémonies.
Maisons et arts décoratifs
Les familles aisées vivaient dans de longues shophouses ou maisons de ville, à la façade ornée de pilastres, de carreaux de céramique aux motifs floraux et de portes battantes basses (pintu pagar). L'intérieur suit une enfilade : salon de réception avec l'autel des ancêtres, puits de lumière, puis cuisine à l'arrière.
- Porcelaine nyonya : vaisselle aux couleurs vives (rose, vert, jaune), décorée de phénix et de pivoines, commandée en Chine (Jingdezhen) pour les mariages et les fêtes.
- Mobilier : bois sculpté et doré, incrustations de nacre, lits de mariage monumentaux.
- Mariage : la cérémonie traditionnelle durait douze jours et mobilisait tout l'artisanat peranakan.
Les rangées de maisons colorées de Koon Seng Road, à Joo Chiat, sont la vitrine la plus photographiée de ce style, même si leurs occupants actuels ne sont plus nécessairement peranakan. Le quartier de Katong et Joo Chiat, où s'installèrent de nombreuses familles au début du XXe siècle, reste le cœur de la culture peranakan.
Le baba malay, une langue menacée
Le baba malay est un créole à base de malais, mêlé de nombreux mots hokkien, d'emprunts portugais, néerlandais et anglais. On y dit par exemple « gua » (je) et « lu » (tu), mots hokkien. Il se transmet aujourd'hui surtout par les anciens, les pièces de théâtre wayang peranakan et les dondang sayang (joutes chantées). Les linguistes le considèrent comme gravement menacé : ses locuteurs courants sont aujourd'hui surtout âgés.
La cuisine nyonya
La cuisine peranakan associe techniques chinoises et épices malaises : pâte d'épices (rempah) pilée à la main, tamarin, galanga, citronnelle, noix de bancoulier. Ses plats emblématiques sont l'ayam buah keluak (poulet aux noix noires fermentées), le babi pongteh, l'itek tim, la laksa nyonya et de nombreux kueh colorés. Notre page cuisine peranakan détaille les plats et les adresses.
Où découvrir la culture peranakan à Singapour
| Lieu | Ce qu'on y voit |
|---|---|
| Peranakan Museum | La collection de référence (mariage, costume, porcelaine), dans l'ancienne école Tao Nan d'Armenian Street, rouverte en février 2023 après rénovation |
| NUS Baba House | Maison de famille restaurée au 157 Neil Road, visites guidées sur réservation |
| Katong et Joo Chiat | Maisons de Koon Seng Road, boutiques de kebaya et de perles, restaurants nyonya |
| Katong Antique House | Petite collection privée sur East Coast Road, visites sur rendez-vous |
Conseil : commencez par le Peranakan Museum pour les clés de lecture, puis passez une demi-journée à Katong : Koon Seng Road le matin pour la lumière, déjeuner de laksa sur East Coast Road, puis boutiques de kebaya et de pâtisseries.
Questions fréquentes
Que veut dire Peranakan ?
Le mot malais signifie « né ici » ou « descendant local ». Il désigne des communautés nées d'unions entre étrangers et populations locales du monde malais.
Quelle est la différence entre Baba et Nyonya ?
Baba désigne les hommes peranakan, Nyonya les femmes ; par extension, la cuisine peranakan est dite nyonya.
Les Peranakan sont-ils une ethnie officielle à Singapour ?
Non. Les Peranakan chinois sont recensés comme Chinois, ceux d'origine indienne comme Indiens.
Où acheter une kebaya à Singapour ?
Principalement dans les boutiques spécialisées de Katong et de Joo Chiat, où l'on trouve des pièces brodées sur mesure et des pantoufles perlées.
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