Les maisons black and white, bungalows coloniaux de Singapour
Les maisons black and white sont des bungalows coloniaux construits à Singapour entre la fin du XIXe siècle et les années 1930-1940 pour les fonctionnaires, militaires et cadres britanniques. Leur nom vient de leurs murs blancs et de leurs boiseries peintes en noir. Il en subsiste plusieurs centaines, presque toutes propriété de l'État, louées aujourd'hui à des particuliers et à des entreprises dans un cadre de verdure devenu rarissime.
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Une architecture adaptée aux tropiques
La maison black and white associe deux traditions : le style « Tudor » à colombages et le mouvement Arts and Crafts britanniques d'une part, la maison malaise sur pilotis d'autre part. Il en résulte un type très reconnaissable :
- Rez-de-chaussée surélevé ou maison posée sur des piliers, qui isole de l'humidité du sol et des inondations.
- Murs blancs enduits et boiseries noires (poutres, encadrements, frises), l'effet de colombage étant souvent décoratif.
- Vérandas profondes et larges débords de toit, qui protègent des pluies et du soleil.
- Plafonds hauts, grandes fenêtres et volets, pour favoriser la ventilation naturelle avant l'arrivée de la climatisation.
- Grand jardin, souvent planté d'arbres anciens, avec des dépendances pour le personnel de maison à l'arrière.
Les plans étaient conçus par le Public Works Department colonial ou par des cabinets comme Swan & Maclaren, et déclinés en séries pour les cantonnements militaires et administratifs.
Histoire : des quartiers d'officiers aux résidences d'expatriés
La plupart des maisons ont été construites pour loger les cadres de l'administration et de l'armée coloniales, ainsi que ceux des grandes maisons de commerce, dans des quartiers aérés à l'écart du centre-ville. Les bases militaires britanniques de Seletar, Sembawang, Tanglin et Changi en ont reçu de nombreuses. Le contexte colonial est retracé dans notre page sur la colonie britannique.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains quartiers, comme Adam Park, ont été le théâtre de combats lors de la chute de Singapour en 1942, puis ont servi de camp de prisonniers. Un projet archéologique bénévole, l'Adam Park Project, a documenté ces traces. Après le retrait britannique, au début des années 1970, les maisons sont revenues à l'État singapourien.
Qui y vit aujourd'hui ?
Les black and white appartiennent pour l'essentiel à l'État et sont gérées par la Singapore Land Authority (SLA). Elles sont louées par appel d'offres, en général pour des baux de quelques années, à des particuliers, souvent expatriés ou familles aisées, mais aussi à des écoles, des restaurants ou des entreprises. Les loyers se comptent en dizaines de milliers de dollars par mois pour les plus grandes, mais restent modestes rapportés à la surface de terrain, ce qui explique la forte demande.
En 2023, la location de deux de ces maisons, au 26 et au 31 Ridout Road, par les ministres K. Shanmugam et Vivian Balakrishnan, a provoqué un débat public sur les conditions d'attribution. Les enquêtes menées par le bureau anticorruption (CPIB) et une revue gouvernementale ont conclu à l'absence d'irrégularité, mais l'affaire a fait connaître ces maisons au grand public et relancé les questions sur l'usage des terrains publics.
Attention : la plupart des maisons black and white sont des résidences privées. On peut les observer depuis la rue, mais il est interdit d'entrer dans les jardins ou de photographier les occupants de près.
Où voir des maisons black and white
| Secteur | Ce qu'on y voit |
|---|---|
| Adam Park | Ensemble des années 1920-1930 sur une colline, lié à la bataille de Singapour |
| Goodwood Hill et alentours de Scotts Road | Grandes maisons sur une colline boisée près d'Orchard |
| Alexandra Park | Ancien quartier militaire près de l'hôpital Alexandra, routes calmes et verdoyantes |
| Dempsey Hill | Ancienne caserne de Tanglin reconvertie en pôle de restaurants, entourée de maisons coloniales |
| Seletar | Cité de l'ancienne base de la Royal Air Force, au nord, avec des rues aux noms britanniques |
| Rochester Park et Wessex Estate | Maisons de l'ancienne zone militaire de Buona Vista, certaines reconverties en restaurants |
Quelques maisons accueillent des restaurants et cafés ouverts au public, notamment à Dempsey et dans le secteur de one-north et Buona Vista : c'est la façon la plus simple d'en voir l'intérieur. Les adresses changent souvent ; vérifiez qu'elles sont ouvertes avant de vous déplacer.
Black and white et patrimoine
Une partie des maisons est protégée au titre de la conservation par l'Urban Redevelopment Authority, qui encadre les transformations extérieures. Leur maintien dans un pays où le foncier est rare tient à la fois à leur valeur patrimoniale, à leur rôle dans le paysage boisé des quartiers résidentiels et au fait qu'elles génèrent des loyers pour l'État. Elles complètent le patrimoine urbain des shophouses et contrastent avec l'architecture contemporaine de Marina Bay.
Conseil : pour une promenade, combinez Dempsey Hill et le Jardin botanique voisin, où se trouvent aussi plusieurs bâtiments coloniaux. Adam Park, à quelques minutes en taxi, se parcourt à pied en une demi-heure.
Questions fréquentes
Peut-on louer une maison black and white ?
Oui. La SLA les propose par appel d'offres en ligne ; les candidats soumettent un loyer et la meilleure offre conforme l'emporte en général.
Combien reste-t-il de maisons black and white ?
Plusieurs centaines, en majorité propriété de l'État. Les estimations varient selon que l'on inclut ou non les maisons coloniales de styles voisins.
Peut-on visiter une maison black and white ?
Pas les résidences privées, mais certaines abritent des restaurants ou des bureaux accessibles, notamment à Dempsey et à Rochester Park.
Pourquoi noir et blanc ?
Les murs blancs enduits reflètent la chaleur, et les boiseries peintes en noir reprennent l'effet des colombages du style Tudor anglais.
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