La chute de Singapour, février 1942
Le 15 février 1942, le lieutenant-général Arthur Percival signe la capitulation de Singapour devant le général japonais Tomoyuki Yamashita, dans l'usine Ford de Bukit Timah. La « forteresse imprenable » de l'Empire britannique tombe après seulement soixante-dix jours de campagne en Malaisie et une semaine de combats sur l'île. Environ 80 000 soldats alliés sont faits prisonniers : Winston Churchill parlera de la pire catastrophe et de la plus grande capitulation de l'histoire britannique.
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Une forteresse tournée vers la mer
Dans l'entre-deux-guerres, la doctrine britannique repose sur la « stratégie de Singapour » : une grande base navale à Sembawang, protégée par des batteries côtières, devait accueillir la flotte envoyée d'Europe en cas d'attaque japonaise. Contrairement à une idée tenace, les gros canons pouvaient pivoter vers l'intérieur ; mais ils étaient approvisionnés surtout en obus perforants destinés aux navires, peu efficaces contre l'infanterie. Le vrai problème est ailleurs : en 1941, la Royal Navy, mobilisée en Atlantique et en Méditerranée, n'a pas de flotte à envoyer, et l'aviation de Malaisie dispose d'appareils dépassés.
La campagne de Malaisie (décembre 1941 - janvier 1942)
Le 8 décembre 1941 peu après minuit, heure locale, soit environ une heure avant l'attaque de Pearl Harbor (le 7 décembre heure d'Hawaï), les Japonais débarquent à Kota Bharu, au nord-est de la Malaisie, et dans le sud de la Thaïlande. Le même jour, Singapour subit son premier bombardement aérien. Le 10 décembre, les cuirassés Prince of Wales et Repulse, envoyés pour dissuader le Japon, sont coulés par l'aviation japonaise au large de Kuantan.
La 25e armée de Yamashita, environ 30 000 hommes en première ligne, progresse vers le sud en contournant les positions britanniques par la jungle, les plantations et la mer, souvent à bicyclette. Les forces du Commonwealth, britanniques, indiennes, australiennes et malaises, plus nombreuses mais mal coordonnées et sans couverture aérienne, reculent de ligne en ligne. Le 31 janvier 1942, les derniers soldats franchissent la Causeway de Johor, aussitôt dynamitée.
La bataille de Singapour (8-15 février 1942)
Percival répartit ses troupes sur tout le littoral, convaincu que l'attaque viendra au nord-est. Dans la nuit du 8 au 9 février, les Japonais traversent le détroit de Johor au nord-ouest, face aux Australiens de la 22e brigade, trop dispersés. Dans la nuit du 9 au 10 février, la Garde impériale débarque à son tour près de Kranji. La position de Bukit Timah, le point le plus élevé de l'île, avec ses dépôts de vivres et de carburant, tombe le 11 février.
Les 13 et 14 février, la bataille de Pasir Panjang oppose la 1re brigade malaise aux Japonais sur la crête de Bukit Chandu (« colline de l'opium »). Le régiment malais, dont le lieutenant Adnan Saidi, tient la position jusqu'au bout ; capturé, Adnan est exécuté. Il est devenu une figure héroïque de la mémoire nationale. Le 14 février, des soldats japonais massacrent le personnel et des patients de l'hôpital militaire d'Alexandra.
Le 15 février, la ville est encerclée, bombardée, envahie de réfugiés ; les réserves d'eau sont presque épuisées et les Japonais contrôlent les réservoirs. Lors d'une réunion dans le bunker de la Battlebox, à Fort Canning, Percival et ses officiers décident de capituler. Yamashita, lui-même à court de munitions, exige une reddition sans conditions, obtenue le soir même à l'usine Ford.
Pourquoi Singapour est tombée
- L'absence de flotte et d'aviation : la stratégie de défense reposait sur des moyens qui ne sont jamais arrivés.
- La sous-estimation de l'adversaire : les états-majors britanniques jugeaient l'armée japonaise inférieure et la jungle infranchissable.
- Le commandement : dispersion des troupes, défenses fixes inachevées sur la côte nord, désaccords entre chefs britanniques et australiens.
- L'arrivée tardive de renforts mal entraînés, comme la 18e division britannique, débarquée quelques jours avant la chute.
Pour les populations d'Asie, la défaite marque la fin du mythe de l'invincibilité européenne, un tournant que les dirigeants de la décolonisation, Lee Kuan Yew en tête, citeront souvent.
Les lieux de mémoire de 1942
| Lieu | Ce qu'on y voit |
|---|---|
| Former Ford Factory (Upper Bukit Timah Road) | Salle de la capitulation, exposition sur la guerre et l'occupation (Archives nationales) |
| Reflections at Bukit Chandu (Pepys Road) | Musée de la bataille de Pasir Panjang et du régiment malais |
| Battlebox, Fort Canning | Bunker souterrain du commandement britannique |
| Kranji War Memorial | Cimetière militaire du Commonwealth et mur des disparus |
| Changi Chapel and Museum | Histoire des prisonniers de guerre et internés civils |
Conseil : les horaires, tarifs et éventuelles fermetures pour travaux de ces musées changent ; vérifiez-les avant de vous déplacer sur le site du National Heritage Board (roots.gov.sg). Bukit Chandu se combine bien avec la promenade des Southern Ridges, qui passe par Kent Ridge Park.
Chaque 15 février, Singapour observe le Total Defence Day : à midi, les sirènes d'alerte retentissent dans tout le pays pour rappeler les leçons de 1942. La suite des événements, trois ans et demi d'occupation, est racontée dans notre page sur Syonan-to, l'occupation japonaise.
Questions fréquentes
Combien de temps a duré la bataille de Singapour ?
Une semaine sur l'île, du débarquement du 8 février au 15 février 1942, au terme d'une campagne de Malaisie commencée le 8 décembre 1941.
Les canons de Singapour étaient-ils tournés du mauvais côté ?
C'est un mythe en partie faux : plusieurs batteries pouvaient tirer vers le nord, mais leurs munitions étaient peu adaptées aux combats terrestres, et l'essentiel de la défense dépendait d'une flotte qui n'est jamais venue.
Qu'est devenu le général Percival ?
Il passe la guerre en captivité, en Formose puis en Mandchourie. Libéré en 1945, il assiste en septembre à la reddition japonaise à bord du Missouri, puis à celle de Yamashita aux Philippines.
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