L'islam à Singapour
L'islam est la religion de 15,6 % des résidents de Singapour (recensement 2020), soit la quatrième religion du pays après le bouddhisme, le christianisme et la catégorie des sans religion. Les musulmans singapouriens sont en grande majorité malais, de tradition sunnite chaféite, avec une importante composante indienne. La vie religieuse est encadrée par le MUIS (Conseil islamique de Singapour), qui gère les mosquées, la zakat et la certification halal.
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Une communauté ancienne et diverse
L'islam est présent dans la région bien avant 1819 : le sultanat de Johor, dont dépendait l'île, était musulman, et le traité fondateur fut signé avec le sultan Hussein et le Temenggong (voir Raffles et 1819). L'époque coloniale attire ensuite des musulmans de tout l'océan Indien : Malais de la péninsule, Javanais, Bugis, Boyanais, commerçants tamouls de la côte de Coromandel, Gujarati, Arabes du Hadramaout, dont les familles Alsagoff, Aljunied et Alkaff ont marqué la ville de leurs noms et de leurs fondations.
Aujourd'hui, la quasi-totalité des Malais sont musulmans (98,6 % selon l'enquête de 2025), et l'islam est la deuxième religion des Indiens de Singapour, après l'hindouisme. Une petite communauté chiite existe également. Le malais, langue nationale, reste la langue principale des sermons, même si l'anglais progresse.
Le MUIS et l'encadrement institutionnel
La loi sur l'administration du droit musulman (Administration of Muslim Law Act, AMLA), adoptée en 1966 et entrée en vigueur en 1968, organise trois institutions :
- Le MUIS, conseil islamique de Singapour, qui conseille le président sur les affaires musulmanes, administre les mosquées et les madrasas, collecte la zakat, gère les biens waqf, délivre les fatwas par l'intermédiaire du mufti et certifie les produits halal.
- La Cour de la charia (Syariah Court), compétente pour le divorce et certaines questions familiales entre musulmans.
- Le registre des mariages musulmans (Registry of Muslim Marriages).
Le financement des mosquées repose largement sur un mécanisme original : depuis 1975, les salariés musulmans versent une petite contribution mensuelle prélevée avec leurs cotisations au CPF, le Mosque Building and Mendaki Fund, qui finance la construction de mosquées et des programmes éducatifs. Les enseignants religieux doivent être enregistrés dans un système de reconnaissance obligatoire (Asatizah Recognition Scheme). Un ministre est chargé des affaires musulmanes au sein du gouvernement.
Six madrasas à plein temps accueillent des élèves qui suivent à la fois l'enseignement religieux et le programme national. Des associations communautaires, comme Mendaki pour l'éducation, complètent ce dispositif.
Les mosquées à connaître
| Mosquée | Quartier | Particularité |
|---|---|---|
| Masjid Sultan | Kampong Glam | Première mosquée (1824), reconstruite en 1932 ; dôme doré ; monument national |
| Masjid Jamae (Chulia) | Chinatown, South Bridge Road | Fondée par des musulmans tamouls dans les années 1820-1830, minarets d'inspiration indienne |
| Masjid Hajjah Fatimah | Beach Road | Financée par une riche commerçante malaccaise, minaret penché, mélange de styles européen et asiatique |
| Masjid Abdul Gafoor | Little India, Dunlop Street | Façade ornée d'un cadran solaire aux 25 rayons calligraphiés |
| Masjid Malabar | Victoria Street | Mosquée de la communauté malabare, carreaux bleus et blancs |
Les mosquées modernes construites dans les villes nouvelles HDB, souvent sur plusieurs niveaux, accueillent aussi des classes, des services sociaux et des activités pour les jeunes. Plusieurs mosquées proposent des visites guidées ; Masjid Sultan accueille les visiteurs en dehors des heures de prière.
Halal : comment s'y retrouver
Le MUIS certifie les restaurants, les stands de hawker centres, les usines et les abattoirs. Le logo officiel du MUIS est la seule garantie formelle ; on le voit sur les vitrines et les étals. Il faut distinguer :
- Halal certifié : établissement contrôlé par le MUIS, avec certificat affiché et numéro.
- Muslim-owned : stand tenu par des musulmans, sans certification formelle, ce qui suffit à beaucoup de clients locaux.
- « No pork no lard » : pas de porc, mais aucune garantie sur l'abattage ni sur l'alcool en cuisine ; ce n'est pas halal.
Les plats malais (nasi padang, mee rebus, satay) et indiens musulmans (biryani, murtabak, roti prata) sont presque toujours halal. Notre page manger halal et végétarien donne des adresses et des repères.
Le calendrier musulman à Singapour
Pendant le ramadan, le bazar de Geylang Serai attire chaque soir des foules venues acheter des gâteaux et des plats pour la rupture du jeûne, et les mosquées distribuent le bubur lambuk, un porridge de riz épicé. La fin du jeûne est célébrée par Hari Raya Puasa, avec visites familiales et maisons ouvertes. Hari Raya Haji, la fête du sacrifice, coïncide avec le pèlerinage à La Mecque : les mosquées organisent les sacrifices rituels, avec des animaux importés d'Australie. Le nombre de pèlerins singapouriens est limité par le quota attribué par l'Arabie saoudite, et le MUIS gère les inscriptions.
Débats et évolutions
Comme pour les autres communautés, l'État veille à la séparation entre religion et politique. Après l'arrestation de membres de la Jemaah Islamiyah en 2001, des oulémas ont créé en 2003 le Religious Rehabilitation Group, qui conseille les personnes radicalisées et leurs familles. La question du port du foulard (tudung) dans certains emplois publics a longtemps fait débat : depuis novembre 2021, les infirmières du secteur public peuvent le porter avec leur uniforme. Le gouvernement consulte régulièrement le MUIS sur les sujets de société, comme lors de la réforme de l'AMLA ou de l'abrogation de l'article 377A en 2022.
Conseil : pour visiter une mosquée, les épaules, les bras et les jambes doivent être couverts ; des robes sont prêtées à l'entrée de Masjid Sultan. Évitez les heures de prière, surtout le vendredi midi. Les autres règles figurent dans notre page visiter les lieux de culte.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de musulmans à Singapour ?
15,6 % des résidents de 15 ans et plus au recensement de 2020, et 15,0 % selon l'enquête de 2025, principalement malais et indiens.
Qu'est-ce que le MUIS ?
Le Majlis Ugama Islam Singapura, conseil islamique de Singapour, créé en 1968. Il administre les mosquées, la zakat, les madrasas et la certification halal, et nomme le mufti.
Trouve-t-on facilement à manger halal à Singapour ?
Oui. Des milliers d'établissements sont certifiés par le MUIS, y compris des chaînes de restauration rapide et de nombreux stands de hawker centres. Kampong Glam et Geylang Serai concentrent les adresses malaises.
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