Le taoïsme et la religion populaire chinoise à Singapour
Au recensement de 2020, 8,8 % des résidents de Singapour se déclaraient taoïstes, une catégorie qui regroupe en réalité le taoïsme proprement dit et la religion populaire chinoise : culte des ancêtres, des divinités protectrices comme Mazu ou Tua Pek Kong, et des esprits. Cette pratique se vit dans des centaines de temples de quartier et lors de grandes fêtes comme la fête des fantômes. Elle est en net recul : 10,9 % en 2010, 7,3 % selon l'enquête de 2025.
Sur cette page
Une religion de pratiques plus que de dogmes
Pour la plupart des fidèles, le « taoïsme » ne désigne pas une doctrine philosophique, celle de Laozi et du Daodejing, mais un ensemble de rites hérités de Chine du Sud : honorer les ancêtres devant l'autel familial, demander protection et prospérité aux dieux, apaiser les esprits errants. Les fidèles combinent souvent ces pratiques avec le bouddhisme et le confucianisme, sans y voir de contradiction. C'est pourquoi les statisticiens singapouriens rangent dans la même catégorie le taoïsme et les croyances chinoises traditionnelles.
Le panthéon est vaste. On y trouve des divinités venues des provinces d'origine des migrants : Mazu (Tian Hou), déesse protectrice des marins, vénérée par les Hokkien ; Tua Pek Kong, dieu de la prospérité et protecteur des communautés d'outre-mer ; Guan Di, général divinisé, patron de la loyauté ; l'Empereur de Jade, souverain du ciel ; ou encore des dieux locaux comme le Dieu de la Terre. Beaucoup de temples sont associés à un clan, à un dialecte ou à un village d'origine en Chine.
Les temples taoïstes et populaires
- Thian Hock Keng (Telok Ayer Street) : construit entre 1839 et 1842 par la communauté hokkien sur l'ancien rivage, là où les migrants remerciaient Mazu pour leur traversée. C'est le plus ancien et le plus important temple hokkien, classé monument national en 1973.
- Yueh Hai Ching (Phillip Street) : temple teochew consacré à Mazu et à l'Empereur du Ciel, reconnaissable aux figurines de céramique de ses toits.
- Hong San See (Mohamed Sultan Road) : temple hokkien du début du XXe siècle, dont la restauration a été récompensée par l'UNESCO.
- Temples de quartier : de nombreux petits temples ont été regroupés dans des complexes partagés lors des grandes opérations d'urbanisme, plusieurs divinités cohabitant sous un même toit dans les villes nouvelles HDB.
Pour une approche plus spectaculaire de la cosmologie chinoise, le parc Haw Par Villa représente, avec ses célèbres « Dix Cours de l'Enfer », les châtiments de l'au-delà selon la tradition populaire.
Rites et pratiques
Encens, offrandes et divination
Le fidèle allume des bâtons d'encens, généralement par trois, qu'il plante dans les grands brûle-parfums placés devant chaque autel. Les offrandes de fruits, de thé ou de mets sont déposées puis reprises par la famille. Pour consulter les dieux, on lance des blocs divinatoires en forme de croissant ou l'on secoue des bâtonnets numérotés renvoyant à des oracles écrits.
Médiums
Les tang-ki (ou dang-ki), médiums en transe, prêtent leur corps à une divinité pour conseiller les fidèles, guérir ou chasser les mauvais esprits. Certaines séances impliquent des mortifications spectaculaires lors des fêtes. Cette pratique, en déclin, se maintient dans quelques temples de quartier.
Papiers et offrandes brûlées
Le culte des ancêtres implique de brûler du papier-monnaie et des objets en papier (maisons, voitures, téléphones) pour les défunts. Les municipalités installent à cet effet des incinérateurs métalliques au pied des immeubles HDB, et les campagnes publiques encouragent une pratique raisonnable pour limiter fumées et risques d'incendie.
Le calendrier des fêtes
| Période (calendrier lunaire) | Fête | Pratiques |
|---|---|---|
| 9e jour du 1er mois | Anniversaire de l'Empereur de Jade | Grandes offrandes à minuit, surtout chez les Hokkien |
| Début avril (solaire) | Qingming | Visite des columbariums et entretien des tombes |
| 7e mois | Fête des fantômes | Offrandes aux esprits errants, spectacles getai, enchères communautaires |
| 1er au 9e jour du 9e mois | Neuf Dieux empereurs | Processions, végétarisme, rites des temples Kiu Ong Yah |
| 9e mois | Pèlerinage de Kusu | Traversée vers l'île de Kusu pour prier Tua Pek Kong |
La fête des fantômes est la plus visible pour un visiteur : pendant un mois, des tentes de spectacles getai et des autels éphémères apparaissent au pied des immeubles. Elle est détaillée dans notre page fête des fantômes à Singapour. Le pèlerinage de Kusu, petite île au sud de Singapour, attire chaque année des dizaines de milliers de fidèles ; l'île est décrite dans notre page sur les îles du Sud.
Une tradition en recul et en transformation
Le taoïsme est la religion qui perd le plus de fidèles déclarés. L'abandon des dialectes au profit de l'anglais et du mandarin, la scolarisation anglophone et le déplacement des populations vers les logements HDB ont affaibli la transmission des rites de clan. De nombreux jeunes Chinois se déclarent sans religion tout en continuant à participer aux fêtes familiales et au culte des ancêtres. Pour enrayer ce déclin, la Fédération taoïste développe un enseignement plus structuré, des cours en anglais et des célébrations publiques. Ces pratiques font aussi partie du patrimoine culturel immatériel recensé par le National Heritage Board.
Conseil : dans un temple taoïste, on entre par la porte de droite et on sort par celle de gauche, on enjambe le seuil surélevé sans marcher dessus, et l'on évite de photographier les fidèles en prière sans leur accord. Voir visiter les lieux de culte.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre taoïsme et religion populaire chinoise ?
Le taoïsme est une tradition religieuse avec ses textes, ses prêtres et ses rituels. La religion populaire désigne le culte des ancêtres et des divinités locales pratiqué par les familles. À Singapour, les deux sont mêlés et comptés ensemble au recensement.
Combien y a-t-il de taoïstes à Singapour ?
8,8 % des résidents de 15 ans et plus en 2020, contre 10,9 % en 2010, et 7,3 % selon l'enquête de 2025.
Quel est le temple taoïste le plus célèbre ?
Thian Hock Keng, à Telok Ayer Street, consacré à Mazu, déesse de la mer. Il est classé monument national.
Carte
Carte interactive : chargement…