La politique environnementale de Singapour
La politique environnementale de Singapour s'articule autour du Singapore Green Plan 2030, lancé en 2021, et d'un objectif de neutralité carbone en 2050. Premier pays d'Asie du Sud-Est à taxer le carbone, Singapour a porté cette taxe à 45 S$ la tonne en 2026. Le pays cultive depuis 1967 son image de « ville-jardin », mais reste très dépendant du gaz naturel pour son électricité et particulièrement exposé à la montée des eaux.
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De la ville-jardin à la « ville dans la nature »
En 1967, Lee Kuan Yew lance la campagne de la Garden City : planter massivement des arbres le long des routes, créer des parcs et imposer la propreté. L'objectif est autant économique qu'esthétique : une ville verte et propre doit rassurer les investisseurs étrangers. Le pays organise depuis lors une journée annuelle de plantation d'arbres, et le Parks and Trees Act protège les arbres anciens.
La vision a évolué vers celle de « ville dans un jardin », puis de ville dans la nature (City in Nature), qui vise à reconnecter les espaces naturels : corridors écologiques, Park Connector Network reliant les parcs sur plus de 300 km, végétalisation obligatoire des nouveaux immeubles, réhabilitation de cours d'eau bétonnés en rivières naturelles, comme à Bishan-Ang Mo Kio Park. Gardens by the Bay, ouvert en 2012, est devenu le symbole mondial de cette ambition.
Le Singapore Green Plan 2030
Présenté en février 2021 par cinq ministères, le Green Plan fixe des objectifs pour la décennie autour de cinq piliers :
| Pilier | Exemples d'objectifs |
|---|---|
| Ville dans la nature | Un million d'arbres supplémentaires d'ici 2030 ; chaque foyer à moins de 10 minutes à pied d'un parc |
| Réinitialisation énergétique | Au moins 2 gigawatts-crête de solaire d'ici 2030 ; importations d'électricité bas carbone ; véhicules plus propres |
| Vie durable | Réduire de 30 % les déchets mis en décharge par habitant d'ici 2030 ; développer les transports publics |
| Économie verte | Finance verte, technologies propres, industries moins émettrices |
| Avenir résilient | Protection côtière, sécurité alimentaire, adaptation à la chaleur |
Pour l'automobile, toutes les nouvelles immatriculations de voitures devront être des modèles à motorisation « plus propre » (électriques ou hybrides) à partir de 2030, et le gouvernement vise la fin des véhicules à moteur thermique d'ici 2040. Le réseau de bornes de recharge se densifie dans les parkings HDB.
La taxe carbone
Instaurée en 2019, la taxe carbone s'applique aux installations industrielles émettant au moins 25 000 tonnes de gaz à effet de serre par an, soit une cinquantaine d'installations représentant environ 70 % des émissions du pays.
| Période | Taux par tonne de CO2e |
|---|---|
| 2019-2023 | 5 S$ |
| 2024-2025 | 25 S$ |
| 2026-2027 | 45 S$ |
| D'ici 2030 | 50 à 80 S$ (objectif) |
Les entreprises peuvent compenser jusqu'à 5 % de leurs émissions taxables avec des crédits carbone internationaux de haute qualité, et un régime transitoire protège les industries exposées à la concurrence internationale.
Le défi énergétique
Singapour produit environ 95 % de son électricité à partir de gaz naturel importé par gazoduc et sous forme liquéfiée. Le gaz émet moins que le charbon, mais le pays n'a ni grands fleuves pour l'hydroélectricité, ni vents réguliers, ni espace pour de grandes fermes solaires. Ses options :
- le solaire sur les toits des immeubles HDB et sur des réservoirs, avec de grandes fermes flottantes comme celle du réservoir de Tengeh ;
- l'importation d'électricité bas carbone depuis les pays voisins (Indonésie, Malaisie, Laos, Viêt Nam, voire Australie), à hauteur de plusieurs gigawatts d'ici 2035 ;
- l'hydrogène et le captage du carbone, encore expérimentaux ;
- le nucléaire, dont les petits réacteurs modulaires sont à l'étude, sans décision à ce stade.
Déchets et recyclage
Faute de place, Singapour incinère la plupart de ses déchets non recyclés dans des usines d'incinération qui produisent de l'électricité, situées pour la plupart à Tuas, et enfouit les cendres sur la décharge en mer de Pulau Semakau, qui devrait être pleine vers 2035. D'où l'urgence de réduire les volumes : stratégie « Zero Waste », traitement des déchets alimentaires, filière des déchets électroniques. Le taux de recyclage global avoisine la moitié des déchets, porté par les industries (métaux, gravats), mais le recyclage des ménages reste faible, autour de 12 %.
Depuis le 3 juillet 2023, les grands supermarchés font payer les sacs plastiques jetables (au moins 5 cents). Un système de consigne pour les bouteilles et canettes de boisson, adopté par le Parlement, complète ce dispositif.
Montée des eaux et chaleur
Environ 30 % du territoire se trouve à moins de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui rend le pays particulièrement vulnérable au changement climatique. Le gouvernement estime que la protection côtière pourrait coûter 100 milliards de dollars de Singapour ou plus sur un siècle. Les projets combinent digues, polders et terres gagnées sur la mer : le projet « Long Island », au large de la côte est, en est le plus ambitieux. La gestion des inondations s'appuie aussi sur le système de l'eau, dont Marina Barrage.
La chaleur est l'autre menace : les températures moyennes augmentent, l'effet d'îlot de chaleur urbain est marqué, et les épisodes de brume sèche (haze) venus des incendies de forêts indonésiens dégradent périodiquement la qualité de l'air. Les nouvelles cités HDB sont désormais conçues pour favoriser la ventilation naturelle et l'ombrage.
Les critiques
Malgré son image verte, Singapour figure parmi les pays dont les émissions par habitant sont élevées, en raison de sa pétrochimie, de son raffinage et de la climatisation omniprésente. Les ONG reprochent aussi au pays son rôle de plaque tournante du carburant maritime et du négoce de matières premières, et la disparition de la plupart des forêts et mangroves d'origine. Le gouvernement répond que la taille du pays limite ses options et que sa contribution passe aussi par la finance verte et la technologie, dans le cadre de la stratégie Smart Nation.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Singapore Green Plan 2030 ?
La feuille de route environnementale du gouvernement, lancée en 2021, qui fixe des objectifs pour 2030 en matière de nature, d'énergie, de déchets, d'économie verte et d'adaptation au climat.
Quel est le montant de la taxe carbone à Singapour ?
45 dollars de Singapour par tonne de CO2e en 2026 et 2027, après 25 S$ en 2024-2025 ; elle doit atteindre 50 à 80 S$ d'ici 2030.
Pourquoi Singapour est-elle si verte ?
Grâce à une politique de plantation et de végétalisation menée depuis la campagne Garden City de 1967, poursuivie aujourd'hui sous le nom de « City in Nature ».
Singapour est-elle menacée par la montée des eaux ?
Oui. Une grande partie du pays est à faible altitude ; le gouvernement prévoit des investissements massifs en digues, polders et terres surélevées au cours du siècle.
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